24/03/20 : RENCONTRE AVEC AURELIE CHAMPAGNE, AUTEURE DE « ZEBU BOY »


Mardi 24 mars à 18h15, nous aurons la très grande joie d’accueillir Aurélie Champagne, auteure de Zébu Boy, son premier roman, publié chez Monsieur Toussaint Louverture lors de la rentrée littéraire de septembre dernier, et lauréat de plusieurs prix.

 

Madagascar, 1947.
Le jeune Ambila, charismatique soldat aux chaussures dépenaillées, est de retour à Tananarive après de trop nombreuses années à sauver sa peau pour une France qui n’a pas tenu ses promesses. Entre les champs de batailles vosgiens et les divers frontstalags dans lesquels il a été transbahuté comme un moins-que-rien, Ambila n’a cessé de lutter pour sa survie.

Alors qu’il attend désespérément une once de reconnaissance de ses aînés comme de la « Très Grande France » qui tarde à lui accorder la nationalité française, et qu’on lui demande sans cesse d’être l’homme de la situation, Ambila tente de recoller les deux bouts : regagner son glorieux titre de « Zébu Boy » lorsque dans l’arène il domptait les animaux les plus coriaces lors de savikas spectaculaires, racheter le cheptel de son défunt père, et tenter de faire le deuil impossible de sa mère partie trop brusquement.

Son père mort, la mémoire de sa mère évoluait désormais dans un monde fini. Il n’y aurait plus jamais de nouveaux souvenirs.

Seulement, tout se dresse entre Ambila et son destin. L’autorité et la brutalité colonialistes règnent toujours en terre malgache, et l’insurrection gronde… Ce soir, l’île va se soulever, et les Vazahas (colons français) vont devoir payer pour leurs crimes…

De Tananarive au village de Manakara, en passant par les routes déglinguées et les somptueuses forêts malgaches, Aurélie Champagne nous embarque à bord d’une Peugeot 202 rouillée avec l’incroyable Ambila, alors à la reconquête de son statut d’homme libre et des fantômes de ses proches, accompagné malgré lui du mystérieux Tankely.

Entre incantations et croyances ancestrales, magouilles d’amulettes magiques « qui transforment les balles en eau » et scènes de guerre d’une grande intensité, Zébu Boy est avant tout l’histoire d’un homme, de son cheminement intérieur, d’une succession de métamorphoses de plus en plus intimes et complexes ; et alors que tout explose, Ambila trouve l’apaisement et les réponses à ses innombrables questions sous la canopée, là où tout repose silencieusement.

J’avais beau avoir humé le parfum des milliers de fois, l’odeur s’est transformée au contact de la terre. Ça embaumait la mousse et les feuilles verdissaient. J’ai su que j’étais dans le vrai. Mes aodys seraient peut-être plus puissantes encore que celles de Randrianantoandro. Elles auraient le coupant de ces flèches venues d’un autre monde. Le hasina du giroflier, la mémoire d’Amadou et cet habit rouge qui est la couleur des rois. J’ai fignolé comme il le fallait et attaqué les invocations.

Aurélie Champagne réussit ici, en plus de redonner la parole aux oubliés de l’histoire, à signer un premier roman viscéral sur le deuil, la survie, l’appartenance à une terre et à une culture. Porté par une écriture singulière, rapide et évocatrice, le roman se clôture sur final en apothéose à l’ampleur mystique et métaphysique sans pareille ; fou et halluciné, comme un tourbillon enivrant de spasmes. Un très grand roman que les libraires d’Etudes ont hâte de vous faire (re)découvrir avec cette rencontre.

Au loin, les grands parasols du Zoma découpaient leurs ombres crénelées au-dessus des stands. Tout à Tananarive s’acharnait à le renvoyer à ses faillites. C’était comme si la ville dédoublait l’homme qu’il était devenu. Elle projetait au-dessus de sa tête un autre lui-même, plus fort, plus achevé, elle brandissait le spectre de celui qu’il avait un jour été promis à devenir, et qu’il serait assurément devenu si le sort ou quelque faute qu’il ne cessait depuis de traquer n’avait œuvré à sa chute.

– Merde, tu sais pas?
À deux rues de là encore, ce cousin et cette vague.
– Ton père… Il est mort cet hiver.

Le ruminement de vieilles colères remonta en flèche. Les zébus, la guerre et ce Randrianantoandro de malheur qui l’avait méprisé lui aussi, qui l’avait dominé dans les négociations, lui avait ratissé jusqu’à son dernier franc, et pour comble, avait refusé de le reconnaître. C’était comme s’il entendait tambouriner aux parois du tombeau le petit garçon plein d’avenir que son père consolait à la tombée du jour, quand le manque de sa mère lui dévastait trop le cœur. Il sentait s’ouvrir en lui une vanne d’où sourdraient jusqu’à ses plus secrètes déceptions. Sa mère, les yeux défaits. Son père sanglotant face au mur. Le triste écho de ses victoires sur chaque bœuf écorché. Gauche-droite, gauche-droite. Et cette salve de mauvais coups encaissés depuis l’armistice. Tous le diminuaient. Lui, le guerrier invaincu dont le seul sourire vrillait les femmes.
Le légendaire Zébu Boy d’Ambila qui avait couché tant de cornes à ses pieds.
Tous prenaient leur part: colons et compatriotes, citadins et blédards, jusqu’aux femmes glapissantes, rêvant d’enfoncer leurs ongles dans ses bras puissants. Gauche-droite, gauche-droite.
Il n’y avait plus que Josselin, Mamy, Arman. Tovo à la rigueur. Il courut plus vite encore, cherchant à diluer sa bile dans l’acharnement de la course.

 

Rendez-vous donc mardi 24 mars à 18h à la librairie Etudes pour rencontrer et écouter Aurélie Champagne nous parler de Zébu Boy.

Entrée Libre et Gratuite
Librairie Etudes Mirail La Fabrique
Université Toulouse II-le Mirail – 5 allée Antonio Machado – 31058 Toulouse
(accès en métro : ligne A, direction Basso-Cambo, arrêt Mirail-Université)

Thibault Plumas