BRIGITTE LE CAISNE « L’infini en soi » DANS LE CADRE DU FESTIVAL GRAPHEÏNE

DANS LE CADRE DU FESTIVAL DES ARTS GRAPHIQUES DU RÉSEAU PINKPONG GRAPHÉÏNE

« Cette dixième édition du festival Graphéïne propose un parcours artistique à travers quinze lieux du réseau PinkPong, offrant un large panorama des arts graphiques et des pratiques contemporaines du dessin comme la bande dessinée, la création numérique, la sérigraphie ou l’édition, mais aussi des liens qu’entretient le dessin avec les autres médiums d’expression. »

DANS LA GALERIE STUDIO MIRAIL
« L’infini en soi » par Brigitte Le Caisne

Exposition du 04 novembre au 20 décembre 2019
Vernissage le mardi 12 novembre

« L’infini en soi « 

Il a fallu d’abord que Brigitte Le Caisne puisse se convaincre de devoir raturer sans cesse la feuille à la recherche de son propre regard. Non pas celui que l’on nous invite ou force à porter sur le monde, mais le sien.

Un regard capable de former, d’accueillir l’écriture des motifs et des figures propres aux mouvements du soi depuis l‘emportement répétitif de la texture du dessin. Brigitte Le Caisne déploie un fourmillement de traces dans lequel chaque tracé vient compromettre l’autonomie graphique du tracé précédent. “C’était dans ma tête“ dit-elle et “certainement pas devant moi sous mes yeux“. C’était, donc, cela même qui se formait et montait en elle à ses yeux : un en soi qui se dévide tout au long de ce temps de travail au cours de la nuit. On assiste à un débordement, sinon croissance, de chacun des micros graphismes ou micros signes tracés comme une incorporation de ce qui surgissait, là, en forme d’errance, avec la conviction de l’impossible maîtrise d’une représentation de quelques mondes que ce soit. Il reste, alors, à vouer à l’obscur les traces de ce scepticisme et croire possible le dessin clandestin embarqué de nuit et confisqué à la lumière du jour.

Brigitte Le Caisne nous présente l’infini en soi du dessin, accumulé, tissé, tricoté comme une inscription minutieuse, minuscule, retenue, repliée, réticulée et renouée sur elle même dans l’expansion d’un redoublement approximatif qui pourrait se substituer à ce qui dans l’écriture prétend donner du sens.

De fait, avec le seul mouvement des doigts qui tiennent la plume, son dessin s’applique comme sur une page d’écriture mais depuis son centre pour, d’emblée, se donner toutes les directions possibles et échapper à la seule injonction du haut à droite vers le bas à gauche. Une page d’écriture d’avant l’invention du mot et l’agencement syntaxique de la phrase. Mais, alors, se manifeste un autre arrangement, offert à l’errance du regard, faisant signe vers le déchiffrement désiré des mémoires ténues profondément enfouies.

Serait-il possible que Brigitte Le Caisne, dans ce travail, procède à ce qui pourrait prétendre à l’effacement de l’ambition virile que le dessin, du XVI° jusqu’au XIX° siècle, a cru pouvoir revendiquer (fixer ?) dans le champ mimétique de la représentation figurée ; lui seul serait habilité à manifester la beauté des choses du monde dans leur vérité et dans la manifestation sensible de leur essence. Chez elle, devant la feuille d’inscription, rien de préalable à cette ambition de vérité et de beauté. Imaginons les mouvements de son regard tout comme ceux de l’amateur d’art s’approcher de la surface des dessins jusque dans l’immersion de la texture graphique et s’éloigner à distance afin de faire surgir, de cette noirceur profuse, la myriade d’éclats blancs infimes et précaires comme autant de constellations en formation.

Les surfaces, que Brigitte Le Caisne nous présente dans une frontalité implacable, sont écrites de noir et dans le noir de la nuit. Elles n’énoncent pas et ne se déchiffrent pas. Elles nous invitent à ces mouvements dansés du corps entre proximité et éloignement afin que s’opèrent les métamorphoses de l’infini en soi qui appelle et traverse tous les regards.

G. Tiné 08/10/2019

INFOS PRATIQUES

Programmation Graphéïne 
La Fabrique et Librairie Études Mirail
Exposition du 04 novembre au 20 décembre 2019
Vernissage le mardi 12 novembre