De grands romans enfin en poche !

Si vous aviez loupé la sortie de ces incroyables romans, il est possible de vous rattraper avec leur sortie en poche!

Aujourd’hui, une sélection éclectique : du roman d’apprentissage à l’une des plus belles passions du catalogue contemporain, avec un écart chez les américains pour une chasse à l’homme des plus sombres et éprouvantes, il y en aura pour tout le monde.

 

1. La Vraie Vie, d’Adeline Dieudonné

C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour.

Pour un premier roman, il y a de quoi être bluffé. Non sans rappeler la rudesse de l’enfance décrite par Gabriel Tallent dans My Absolute Darling, Adeline Dieudonné a le mérite de camper des personnages et un environnement social et urbain qui nous sont plus proches. Et de rappeler que le réel est parfois à vomir de dégoût et d’injustice, que la violence peut tout aussi bien émaner de bonnes intentions, et que chacun naît avec ses propres cartes, et quand on a une main aussi mauvaise que celle de notre jeune héroïne, il faut être prête à serrer les dents, et tenir bon.

Une claque! Et on tendrait même l’autre joue pour en ravoir. Fortement recommandé par Thibault.

 

2. Ça Raconte Sarah, de Pauline Delabroy-Allard

Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. 

Ce roman, qui m’a personnellement perturbé au début, est écrit la main sur le cœur. Pour la simple raison que les différents styles qu’utilisent l’auteure, ainsi que les cadences, semblent en osmose, en résonance perpétuelle avec l’état d’esprit de la narratrice. Ainsi, la fougue, la passion, l’attente infinie transpirent des mots, suintent, vous emportent dans cette histoire qui est celle d’un amour inattendu, libérateur, mais aussi destructeur.

Parcouru d’un bout à l’autre par l’oeuvre de Schubert, ce roman nous entraîne dans les coulisses d’un corps éperdument amoureux.

Fortement recommandé par Sylvie!

 

3. Evasion, de Benjamin Whitmer

1968. Le soir du Réveillon, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, autour de laquelle vit toute une petite ville du Colorado encerclée par les montagnes Rocheuses. L’évènement secoue ses habitants, et une véritable machine de guerre se met en branle afin de ramener les prisonniers… morts ou vifs. À leurs trousses, se lancent les gardes de la prison et un traqueur hors pair, les journalistes locaux soucieux d’en tirer une bonne histoire, mais aussi une trafiquante d’herbe décidée à retrouver son cousin avant les flics… De leur côté, les évadés, séparés, suivent des pistes différentes en pleine nuit et sous un blizzard impitoyable. Très vite, une onde de violence incontrôlable se propage sur leur chemin.

Malgré un postulat de départ vu et revu, Benjamin Whitmer a su répondre aux attentes des plus sceptiques avec son troisième roman. Son écriture est simplement brillante, c’est pourquoi l’évasion de ces douze fugitifs est totalement addictive.

Asseyez vous confortablement et préparez vous à passer la nuit la plus sombre de l’année dans cette ville abandonnée par les Dieux, – qui est en soit une prison à elle seule -, balayée par le froid, la neige, la tempête, et visitées par nombres d’ombres indistinctes, déboussolant et faisant péter les plombs aux évadés.

Un récit d’une sombre puissance pour les lecteurs férus de noirceur, de voyage aux tréfonds de l’âme humaine… Angoisse et malaise vous attendent au fil de ces pages, mais que c’est bon de se sentir soit même en danger en lisant !

Recommandé par Thibault.

 

Et en bonus, les éditions Points ont intelligemment rééditer la Trilogie du Grand Cahier d’Agota Kristof. Un trilogie remarquablement écrite, à l’intrigue manipulatrice, où les noms sont à la fois insignifiant et fondamentaux. Le thème des jumeaux à son apogée.

Klaus et Lucas sont jumeaux. La ville est en guerre, et ils sont envoyés à la campagne, chez leur grand-mère. Une grand-mère affreuse, sale et méchante, qui leur mènera la vie dure. Pour surmonter cette atrocité, Klaus et Lucas vont entreprendre seuls une étrange éducation. Dans un style enfantin et cruel, chaque événement de leur existence sera consigné dans un « grand cahier ».

 

Une sélection littéraire pour vous souhaiter un beau début de mois de juin.