Exposition Didier Cros : » Éclats de l’animalité » du 14/10 au 15/11/2013

Éclats de l’animalité

Le travail de Didier Cros se présente dépouillé de la rigueur et de l’ordre préalable du dessin qui était la voie d’accès à l’idéal de beauté de toute entreprise picturale. Comme s’il s’agissait de livrer la figure du nu féminin aux grossièretés irrévérencieuses de la trace immédiate faite à même la couleur. Certes, il n’est pas « le premier dans la décrépitude de son art ». Didier Cros serait-il un peintre sans qualité ?
Ces figures de femmes dénudées dans des postures diverses nous sont présentées comme prises dans une gangue qui ne serait pas de terre et de roche mais de couleur. Elles nous apparaissent représentées à l’opposé de ces nus féminins si souvent sublimés par la pureté du dessin et le jeu successif des glacis colorés que les peintres appliquaient avec l’ardeur patiente d’atteindre aux limites de la beauté de l‘incarnat. À la différence de la gangue terreuse qui enveloppe le minerai ou souille et terni l’éclat de la pierre précieuse, la matière de la couleur révèlerait, à ce point de la représentation, l’éclat de l’animalité du nu dans la figure du féminin et par là même l’animalité de l’humain.
Avec l’usage du monotype, Didier Cros fait un sort au langage esthétique de la Peinture dont les qualités imageantes et narratives étaient attendues dans la soumission féminine de la couleur à l’intelligibilité masculine(1) du dessin : le dessin de la forme s’imposaient comme Idée du Beau et l’application du coloris comme apport de vraisemblance idéalisée à l’imitation de la nature.
Ici l’art barbouille la nature, la figure se cherche d’emblée et s’élabore au plus près de la trace du doigt trempé dans la pâte colorée mais aussi glissé sur la surface polie de la plaque d’acier, comme une aventure d’enfant qui, dans sa gribouille, se risque à désigner et trier les choses du monde dont il peut jouir et qui l’affectent ou l’accablent.
Un tracé aventureux et baveux, du bout des doigts sinon de la paume entière, à la recherche d’une courbure ou d’une torsion initiale dont la picturalité graphique porterait à notre regard ce qui en nous fulgure comme animalité.
Et cette fulgurance, qui plus que la figure nue de la femme pouvait la jeter à la face de notre monde d’esthètes et de barbares alors qu’elle fut si souvent sollicitée pour construire l’allégorie même de la beauté en son essence ?
George Bataille, dans son ouvrage « Lascaux ou la naissance de l’art », indique que, dans l’art Pariétal l’homme cache son visage en le remplaçant par un masque animal. Son hypothèse est que « le passage de l’animal à l’homme fut d’abord le reniement que fait l’homme à l’animalité ».
Les visages attribués à la nudité des femmes, ici, ne sont pas tant masqués qu’animalisés ce qui pourrait se lire et s’interpréter comme une forme d’acquiescement que fait le peintre à l’animalité en nous.
Un acquiescement jubilatoire et libératoire à la reconnaissance de ce qui nous fait autre que homme alors que le conformisme social contemporain nous accable de technicité, de contrôle et de maîtrise de soi qui, paradoxalement, nous précipitent dans la déshumanisation de ce qui nous fait être humain.
Il nous reste d’avoir le souci d’accompagner en nous l’animal que nous sommes toujours, de ne pas le laisser à l’oubli. La peinture de Didier Cros nous le rappelle, image après image, dans l’immédiateté d’une trace du doigt : pur indice primitif et vivifiant dont le dessin, alourdi de son matériau couleur, instruit le recollement des morceaux : animalité – humanité.
Le 16.08.13, Gérard Tiné

(1) Charles Blanc « Le dessin est le sexe masculin de l’art ; la couleur en est le sexe féminin ». Grammaire des arts du dessin.
1867. Ecole nationale supérieure des Beaux Arts.

Didier Cros, site officiel www.didiercros.com. 

Biographie

Didier Cros
Né en 1954 à Castres
Études : Institut D’art d’Aix en Provence.
Galerie : Le Confort des Étranges –Toulouse

Membre du Groupe Peinture Itération Toulouse, en relation autour des travaux théoriques de Charles Pierre Bru
de 1978 à 1980.
Participation aux expositions collectives du groupe :
1978, 10° Mostra du Larzac.
1979, Centre culturel de l’Aérospatiale – Toulouse.
1980, Centre culturel de la ville – Toulouse.
1993, Rétrospective “Groupe Peinture – Itération. Musée Ingres – Montauban.

En 1980, Didier Cros renoue avec la figuration.
Expositions personnelles.
1989, Centre d’Action Culturelle – Le Creusot (Catalogue, texte de Christian Bobin).
1990, Librairie Ombres Blanches – Toulouse.
1994, Librairie l’Arbre à Lettre – Paris.
1995, Librairie Ombres Blanches – Toulouse.
1996, Galerie Rosinsky – Toulouse (Catalogue, texte de Fabrice Feraut).
1998, Galerie Sonia Berryer – Bruxelles.
1999, Le Méjean – Arles.
2003, Le Confort de Étranges –Toulouse.
2005, Pavillon Adélaïde – Burlats. (Catalogue, texte de Sylvie Doizelet)
2006, Galerie le Confort des Étranges – Toulouse.
2008, Forum Harmonia Mundi – Arles.

Expositions collectives.

1981, Salon de la jeune peinture – Paris.
1982, Centre Culturel D’Albi (Catalogue, “Les tendances actuelles de l’art“)
1982, Musée des Beaux Arts – Dôle. (Catalogue, “Vachement Beau“)
1985, “Musée Africain“ : Octobre des Arts – Lyon.
1986, “La vache ça crée“ Centre d’art et de culture – Marne-la-Vallée.
1994, Galerie Patrice Rostain – Paris.
1997, “Les Curieux“. Portes ouvertes Atelier Adélie – Toulouse.
1997, Galerie ARKDE – Marciac.
2001, “Le temps qu’il fait“ 1981-2001 – Abbaye aux Dames – Saintes.
2004, “Roug(e)s“ Château de Linardié – Gaillac.Texte Danielle Delouche)

Bibliographie

Illustrations d’ouvrages.

Maria VENEZIA
“Scberzi“ Editions Unes – 1996
Christian BOBIN
“ Dame, roi, valet“ Edition Brandes – 1987.
Maria VENEZIA
“Viatico“ Editions Brandes – 1988.
Christian BOBIN – DIDIER CROS.
“Quelques jours avec elles“ Editions le temps qu’il fait / L’ARC – 1994
Olivier PARAULT
“Sacrée caboche, tête de bois“ Editions le loup dans la véranda –1996
Fabrice FERAUT
“De l’impossibilité de mourir“ Editions le loup dans la véranda – 1998.
Luc GIBOUIN
“Ces temps derniers seront aussi les premiers“Editions le loup dans la véranda – 1999.
Didier CROS
Nu (album) – Quatorze monotypes. Editions P.as à P.as.

Film.
Lire en Cabardès
Une lecture de Claude Andrzejewski, pavillon d’Adélaïde de Burlats,16 juillet 2005 exposition de Didier Cros. Film
de Jean Paul Chabrier