Mari Kurosaka

Exposition du 09/01 au 03/03/2017

« Secret life »

Peintures & Aquarelles

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« Secret Life »

Mari Kurosaka, artiste japonaise, vit en France. Sa voie est la peinture et son trajet un pari de franchissement. Un départ, des étapes et une arrivée qui font formation et détermination : passer de l’extrême Orient à l’Occident non moins extrême, du Japon, à Italie, à la France. Une rencontre, peut-être un maître à entendre, Luciano Fabro à Milan, aussi, enjamber, accoster et toucher à Venise avec l’art pour ligne de vie et la peinture pour bagage majeur.
L’attitude éthique et les procédures esthétiques portées par la dynamique Arte Povera des années 80 provoquent sur sa trajectoire des influences dont les mouvements et les secousses ne vont pas sans que, nécessairement, s’évaluent et s’ajustent une culture et un regard nés aux antipodes de la planète.

Mari Kurosaka, ne tend pas une toile sur un châssis destinée à recevoir le tracé et le dépôt des couleurs propres à dépeindre les figures du monde. Elle commence l’acte de peindre en habillant un panneau de bois d’une toile usée, cousue, recousue. Elle prépare ce qui va être peint et ce qui va être peint est une toile qui a enveloppé et couvert quelque chose de la vie et de la chaleur d’un corps : drap, chemise… comme si le panneau devait être emmailloté et la peinture appelée à croître, à grandir.
La toile est plissée, raccommodé, son grain est rebondi dans l’épaisseur du relief des plis ; son tissage est parcouru de quelques bribes de broderies anciennes. Tout se passe comme si se constituait le mouvement d’un sol, d’une terre, d’un limon, afin de lever la géographie d’un voyage, d’une archéologie, d’une fertilité que l’acte de peindre va entreprendre de révéler à lui même : inscription d’un territoire en devenir et dont la carte est à peindre : un cosmos.

Elle dispose deux, trois, quatre… panneaux, elle confectionne deux, trois, quatre… habillages de toiles territoire avant d’entreprendre le travail de peinture. Distribuées dans l’atelier, elle s’aventure à passer de l’une à l’autre, avec l’intuition que, au cours du travail entrepris sur une des toiles territoire, puisse se continuer l’ouverture d’un tracé sur une autre toile. Mais aussi enjamber la quatrième et revenir à la première enrichie du saut que la seconde a permis.
Il se peut que, des deux ou trois toiles visitées en passant de l’une à l’autre, se forment l’unité d’un seule peinture en les composants sous la forme d’un diptyque ou triptyque. Il se peut aussi qu’une peinture demeure célibataire mais riche de tous les déplacements et enjambements opérés sur l’ensemble des territoires habillés et peints.

Lorsqu’elle aborde les aquarelles ou les gouaches sur papier, l’opération d’enjambement peut se faire par la découpe d’un segment de motif dans le papier d’une des aquarelles afin d’être transporté dans l’organisation picturale et graphique d’une autre aquarelle. Ici, la découpe, où se cherche le tracé d’un dessin et la construction d’un espace, s’invite comme la présence d’un vide dans le temps de l’élaboration de la peinture.

La peinture de Mari Kurosaka provient de ce temps de suspension, d’espacement, de ce moment du passage de l’un à l’autre des tableaux en train de se faire. Dans le jardin japonais, pour accéder à la maison de thé, on saute d’une pierre sur l’autre, et, dans ce saut de pierres en pierres, qui oriente le corps et le regard aux quatre points cardinaux, se succède la présence minérale et arborée d’un monde enclos, un paysage, une peinture.
À ce moment de suspension, à ce franchissement du vide qui quittent l’appui d’une pierre pour se recevoir sur l’autre pierre, enjamber relie des espaces séparés à un même temps comme dans l’acte de peindre.

Gérard Tiné.

http://mari-kurosaka.com/

Exposition Mari Kurosaka : « Secret life » du 09/01 au 03/03/2017