L’échappée.

« Être là, sans l‘avoir décidé, entre ce moment où l’on naît, où l’on meurt » Maguy Marin

Pourrait-on se prêter au jeu de l’emprunt et de la paraphrase : “« Être là, et l‘avoir dessiné, entre ce moment où l’on naît, où l’on meurt » Voir et savoir tracent, dès l’enfance, la silhouette du corps selon le masculin et le féminin et les dessins de l’enfant, bariolés du tracé intempestif des feutres de couleur, nous les montrent comme des bribes de formulations inaccomplies qui restent pleinement en suspends.

Le travail de Val Zimmerman s’écrit et s’inscrit dans l’espace à la fois réduit et immense des pages du carnet de dessin que l’on loge dans la poche du blouson et que l’on saisit dès la montée du trouble de ce qui, dans nos vies, nous habite comme questions. Questions qui se font jour à n’importe quel moment entre naissance et mort : questions urgentes, certainement pas à résoudre, mais à faire grandir à notre conscience sinon à notre attention par l’inscription des traces du dessin.

Les dessins de Zimmerman, tels des écritures incertaines de la posture des corps et de leurs anatomies, interrogent alors la visibilité du genre et de ce qui nous est donné comme corps.

Des dessins comme inachevés ou plus précisément inaccomplis, dont les tracés sont interrompus comme cassés ou rongés du doute du sens. Ils s’inscrivent et pourraient se déchiffrer comme des hiéroglyphes dont il serait malsain d’en confier la traduction à une quelconque Pierre de Rosette.

Ils donnent à voir une graphie et une plasticité de pictogrammes lacunaires. Mais de quelle partie de nous même font–ils signe ? Peut être relèvent–ils de la pesée
prolifique de l’idéogramme et, de là, pouvoir en faire l’agencement d’un logogramme où le désir cherche à percuter ce qui fait obstacle et obscurité à l’entendement de nos aspirations. Celles dont il est dit qu’elles sont inavouables ou hors la Loi mais dont nous cherchons à atteindre l’objet. Quel est ce corps avec lequel, dans lequel, pour lequel nous vivons ? Nous fait-il vivre pour nous et avec les autres ou sans nous et contre les autres ?

La graphie du dessin de Val Zimmerman nous questionne. Voit-on et sait-on le corps que nous sommes à ce moment de notre naissance. A cet instant précis et crucial de notre mise au monde, nous sommes tout entier corps sans se voir et sans savoir, plutôt un cri. Mais l’entendons nous ?
Le temps qu’il faut pour se voir tout ce temps sans se voir, comble notre cécité d’un toucher propre au corps à corps qui nous façonne, nous meut et nous émeut. Alors, combler cette cécité et cette ignorance de comment nous apparaissons à nous-même en défaisant les paraîtres normés de nos corps à nos regards et faire offrande de leurs ressentis à l’innocence tactile de nos gestes. Se pourrait-il que la forme hâtive d’un corps pris dans les gestes et les mouvements se fabrique à notre corps défendant ? Les mots, les figures et les postures des dessins de Zimmerman échappent aux attendus d’un savoir-voir et d’un savoir-toucher. C’est ce que l’on pourrait nommer un dessin d’échappée. …“entre ce moment où l’on nait, où l’on meurt.“ Gérard Tiné le 16 01 2019

Mieux connaître l’artist : Val/Z

Exposition Val Zimmerman « L’échappée », du 04/02 au 01/03/19
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