Les Grands Animaux, une collection qui nous tient à cœur

A l’occasion de la sortie de huitième grand animal, la librairie Etudes vous propose un petit panorama de cette collection lancée par les éditions Monsieur Toussaint Louverture il y a maintenant 7 ans.

Personne ne gagne,
de Thomas « Jack Black » Callaghan

Ne vous y méprenez pas, ce type n’a d’un gentleman que l’apparence. Hors-la-loi dès son plus jeune âge alors que son père le fout à la porte pour lui apprendre la rudesse de la vie, le trépidant Jack Black – non, pas l’acteur de Tenacious D –, qui excellera bientôt dans le banditisme, n’est autre qu’un voyou de haute volée, un clochard pas spécialement céleste, un habitué du placard, mais surtout un exemple de débrouillardise, un amoureux de la vie, même si elle se conjugue avec la poussière et la galère. 

Précurseur remarquable de ce que sera la beat generation, Personne ne gagne est une magnifique célébration de la joie d’être vivant.

Extrait :
« Les honnêtes gens prennent le problème à l’envers. S’ils s’intéressaient plus à l’éducation des enfants, ils se désintéresseraient vite de la chaise électrique. Ils ne voient que les crimes et jamais les raisons qui poussent les criminels à agir ; il ne voient que ce qu’ils sont devenus et jamais ce qui a fait d’eux ce qu’ils sont. »

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Karoo,
de Steve Tesich

Né en Yougoslavie sous le nom de Stojan Tešic, presque contraint à changer son nom suite à son arrivée aux États-Unis au milieu des années 50, Steve Tesich n’est pas né avec la certitude qu’il sera écrivain. D’abord lutteur, puis cycliste, il devient dramaturge et scénariste sur le tard – mais son style est bon, il rafle un oscar. 14 ans après un premier roman initiaque, Steve Tesich signe une œuvre magistrale,
au nom rugueux 
de KAROO.

Publié à titre posthume – dommage, car il lui vaut une reconnaissance globale, unanime, dithyrambique – Karoo est l’odyssée écorchée d’un homme cynique qui, alors que le destin lui offre une dernière chance de rédemption, va inconsciemment tout faire précipiter sa chute. C’est la tragédie moderne par excellence, quelque part entre Ulysse et Œdipe, ancrée dans la société américaine – mais sa portée n’est-elle pas universelle? – superficielle, égoïste et décadente.

Parfait équilibre entre le désespoir et l’humour noir et corrosif d’un homme qui préfère fermer les yeux pour ne pas perdre pied,
l’histoire de l’impénétrable
Saul Karoo n’est
rien d’autre qu’un
chef-d’œuvre.

Extrait : « J’ai de la sympathie pour eux. Je trouve qu’il y a beaucoup d’analogies entre les troubles en Roumanie et ma propre vie. Pauvres étudiants… S’il pensent qu’ils ont été trahis, là, qu’ils attendent seulement de grandir un peu et qu’ils commencent à se trahir eux-mêmes. Les choses commencent vraiment à mal tourner quand vous n’avez plus que vous-même à renverser pour que votre vie s’améliore. »

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Tous les Hommes du Roi,
de Robert Penn Warren

Récompensé par seulement trois Prix Pulitzer, Robert Penn Warren est l’un des grands écrivains américains du XXème siècle. Tous les Hommes du Roi à cette saveur romanesque qui le rend captivant. Plus qu’un roman sur les rouages politiques, c’est une plongée dans les bas-fonds de l’âme humaine, sa corruption, et les bassesses auxquelles un homme est prêt à se résigner pour atteindre ses objectifs les moins glorieux, mais aussi les portraits d’une époque, d’hommes et de femmes d’une grande justesse.

Extrait :
« La flamme s’était emparée de la plupart des brindilles, elle bondissait, crépitait, crachait de petites étoiles comme des cierges magiques, et la lumière dansait en tons chauds sur la figure inclinée d’Anne, puis sur sa gorge et sa joue, quand, toujours accroupie, elle leva les yeux vers moi tandis que j’approchais – ils scintillaient comme ceux d’un enfant à qui l’on fait une jolie surprise – et se mit soudain à rire, d’un rire profond et vibrant. Le rire des femmes heureuses. Elles ne rient jamais de cette façon pour être polies ou quand on leur raconte une blague.

 Une femme ne rit comme ça qu’une poignée de fois dans une vie. Elle ne le fait que si quelque chose la touche au plus profond de son être et que la joie jaillit aussi naturellement que l’air qu’on expire, que les premières jonquilles de l’année ou que les ruisseaux des montagnes. Quand une femme rit ainsi, cela te fait toujours quelque chose. Peu importe à quoi ressemble son visage. Tu entends ce rire et tu sens que tu viens de saisir une belle et pure vérité. Et tu ressens ça parce que ce rire est une révélation. Une grande sincérité impersonnelle. C’est comme être aspergé par la rosée d’une fleur issue de la grande tige centrale de l’univers, et le nom ou le statut de la femme n’a foutrement rien à voir là-dedans. C’est pourquoi ce rire ne peut être simulé. Si une femme pouvait apprendre à le feindre, elle ferait ressembler Nell Gwyn et Madame de Pompadour à deux scoutes à lunettes avec chaussures antidérapantes et appareils dentaires. Elle pourrait mener le monde à la baguette. Car, dans le fond, tout ce qu’un homme désire, c’est entendre une femme rire comme ça. »

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Watership Down,
de Richard George Adams

Watership Down. En voilà un nom énigmatique. Un OVNI signé Richard Adams, qu’on pourrait – vraiment pour vous donner une image – situer entre Harry Potter et Les Fourmis. Vibrante odyssée de courage, de loyauté et de survie, absolument épique, résolument contemporaine, et menée par… des lapins !

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Et enfin le petit dernier, même s’il s’agit du plus imposant :

La
Maison
dans
Laquelle
.

 

Préparez-vous à entrer dans cette
maison, cet asile, ce pensionnat,
collez-y l’étiquette que vous voulez, La Maison l’arrachera aussitôt, car là-dedans, rien n’est sûr, et le pire n’est jamais certain…Avec un peu de chance, vous serez admis au Groupe 4, à moins que Les Rats n’en décident autrement. Ce qui est (presque) sûr, c’est que cette œuvre labyrinthique de Mariam Petrosyan vous rapportera des effluves de l’enfance. Un millier de pages enchantées, très noires, envoûtantes, et même hypnotiques.

Extrait :
« Les nuits d’été envahissaient la pièce par la porte du balcon. Il fallait alors laisser la lumière éteinte pour ne pas attirer les moustiques. Une fois, le petit garçon vit un chiffon voleter de-ci de-là sur le velours du ciel nocturne. C’était une chauve-souris, fantôme de rat en guenilles. À partir de cette nuit-là, il se couche toujours de façon à pouvoir voir le ciel. »

Les autres titres de la collection :

  • Un Jardin de sable, d’Earl Thompson
  • Et quelque fois j’ai comme une grande idée, de Ken Kesey (l’autre chef-d’oeuvre de l’auteur de Vol au dessus d’un nid de coucou)
  • Le Dernier stade de la soif, de Frederick Exley

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Ecrit par Thibault Plumas