Exposition Michel Carrade : « Peintures » du 17/02 au 28/03/2014

Michel Carrade

Vernissage mardi 18 février de 12h à 14h en présence de l’artiste.

Sans titre, acrylique sur toile
195×130 cm, 2008
Sans titre, acrylique sur toile
162×97 cm, 2007
Sans titre, acrylique sur toile
195×130 cm, 2007

Un froissement du regard

La peinture de Michel Carrade ne représente pas, ne figure pas, elle rassemble et agence toujours la même configuration d’arrangement de bandes de couleurs rectilignes et parallèles. Le motif est simple, à priori banal et ordinaire au service de ce pour quoi il a été choisi : rendre possible l’apparition des effets vibratoires d’un espace de couleurs en tension.
Cet arrangement spatial des couleurs est fondamental. Il autorise la disposition des couleurs par bandes juxtaposées afin que leurs ajustements successifs y soient au maximum de leurs potentialités picturales.

Leurs ajustements, leurs agencements relèvent de la stratégie du contact et de la ruse qu’il convient de déployer afin de contrôler les forces de leurs tensions bords contre bords. Le peintre doit agir avec ce que l’on pourrait appeler une sorte de diplomatie, afin que les rapports de voisinages entre couleurs puissent être maîtrisés, et, créer ainsi une interaction positive de leurs énergies en accords et contrastes. Ce n’est donc pas une stratégie pas plus qu’une diplomatie appliquées à une conquête territoriale d’une composition picturale singulière mais l’orchestration finement dirigée d’une émission de lumière par le jeu des interactions de couleurs.

C’est dire à quel point le peintre s’expose aux conflits visuels qui ne manqueront pas d’apparaître entre toutes ces forces de longueurs égales mais de teintes et de surfaces différentes. Elles apparaissent comme autant de territoires et de frontières auxquels il convient de fixer une mesure chromatique, une surface de présence spatiale et une place dans le jeu sensoriel de leurs coexistences en valeurs et saturations : une tonalité.

Le travail en tension se joue là, dans ce moment où les couleurs s’étalent sur toute la largeur variable des bandes qui leur est attribuée sur la toile. Pour le regard, pour l’œil du peintre, il convient de saisir, de sentir la constitution des surfaces, de vouloir, mais aussi, de provoquer l’attente jusqu’à ce que frontières et territoires de chacune des bandes puissent déployer les conditions d’extension et de vibration de leurs énergies chromatiques. Il s’agit de forces potentielles à ajuster pour provoquer l’électrisation du champ spatial.

Certains territoires sont tracés et définis avec la dureté assurée et incisive de puissantes teintes contrastées dans leurs pures clartés alors que d’autres, à leurs frontières, sont accordées avec le flou d’une brume lumineuse ou obscure.
Par ces gestes de dépôts colorés successifs, il est fait en sorte qu’apparaisse, dans le champ interactif propre à un groupe limité de couleurs, la mise en tension d’une figure de lumière. Jusqu’à ce que se produise, sur l’ensemble de la toile, le moment d’une vibration suspendue, d’une tension énergétique qui provoquent, pour qui regarde et voit, comme un froissement lent et profond du regard : une jouissance de la perception.

C’est une peinture du recommencement incessant. L’aventure s’y ouvre à chaque nouvelle toile. On pourrait dire que depuis plusieurs décades, le peintre établit la cartographie d’une géographie où se trace et s’évalue l’existence du dessin de la couleur et se composent les figures multiples de la lumière. Carrade habite la surface des toiles qu’il peint. Surface de ce qui se nomme encore tableau par les jubilations intellectuelle et sensorielle de l’œil et du regard.

Gérard Tiné
Le 26/01/14

galeriestudio_14.02_cerrade01

galeriestudio_14.02_cerrade02

galeriestudio_14.02_cerrade03

galeriestudio_14.02_cerrade04