Odile Mir

Exposition à la Galerie Studio Mirail du 25 janvier au 31 mars 2016

L‘écriture de la main qui soude.

Lilith, Eve, Ariane, Diane ou Artémis, Hélène de Troie, les Amazones … Figures antiques de femmes prises dans la tourmente des hommes et des dieux. Elles sont les compagnes de route d’Odile Mir. Par le dessin et la sculpture, Odile Mir prend acte et parole au cœur des récits mythiques qui fabriquent et racontent l’histoire des femmes.

Elle amène ces très vieilles histoires – transformées, détournées, transfigurées – tout contre la cécité dont fait preuve notre présent, et les offre à une perception contemporaine qui, toujours, cependant, nous questionne comme si dessins et sculptures débauchaient ces figures de femmes de leurs antiques poses et nous les donnaient à revoir dans des corps sans têtes dont l’étrangeté ne cesse de nous adresser d’autres agencements d’énigmes.

“La Rouge“ et “Eve“, deux sculptures.

La première, un corps de femme, “Ariane la Rouge“ saisie dans la pure suspension d’un élan.

Une peau de papier si peu éloignée dans son épaisseur de cette chair qui nous enveloppe, “La Rouge“ déploie, alors, une élévation autour de la confection d’un creux, d’un vide qui construit, dessine et nous montre le plein du corps absent. Un vide du corps, un corps libéré, délesté de l’alourdissement de sa mécanique osseuse et émancipé de l’organicité animale.

Comme si le féminin pour prendre son élan d’expression et de désir, son allure d’icône et de sens, devait s’évider, s’éviscérer de ce qui la réduit à n’être que le corps d’une femme dans le monde. Comme si le corps féminin pour devenir écriture de son émancipation et représentation de sa plénitude humaine devait n’être plus qu’une peau écarlate en tension et tracer un claquement d’étendard

Ariane la rouge ou “un corps sans organe“ (A.Artaud) sans squelette, seule la peau s’élève en apesanteur ; une sorte d’antithèse de l’asservissement à l’organisme et à la gravité traditionnelle de la sculpture.

La seconde, un autre corps de femme, “Eve“ entravée dans sa marche puissante et contrainte dans l’inconfort d’une position suppliciée mais qui, par devers soi, garde et brandi l’objet qui fait signe de son puissant désir de connaissance: La Pomme.

Le triomphe et la puissance d’Eve reste entière dans son corps bridé, et relève d’une pleine détermination : Adam est absent.

Par ailleurs, les grands dessins à l’encre noire explorent l’espace graphique du corps représenté de la femme. Le dessin est inscrit intégralement avec la vigueur d’un tracé décisif pour être ensuite déchiré en lanières de largeurs régulières avant d’être redistribuées côte à côte et espacées d’un intervalle équivalent entre elles.

Les corps sont recomposés et rendus à une forme d’écriture primitive, brutale, gravée en bas relief comme à flanc de roche. La représentation de la femme ainsi fragmentée mais ordonnée suffit à provoquer un retard de perception pour l’interprétation nécessaire d’un regard autre sur le déchiffrement d’un espace qui, tout à la fois, disloque, rassemble et contient une grille de signes qui restent à décrypter.

Dans le travail de création d’Odile Mir tout se passe, comme si depuis l’intime fréquentation de la lecture des grands textes qui nous fondent, l’espace du dessin et de la sculpture était affecté à leur nécessaire réécriture

Les sculptures ne sont ni taillées dans la pierre ni modelées avec la terre. Leurs postures, leurs mouvements sont dessinés par la confection d’une structure de tiges d’aciers soudées, sorte de squelette en forme de résille et habillé d’une peau de papier ou de cuir.

Les dessins des corps sont dévoyés de leurs premiers tracés afin d’emporter et perdre le regard dans le labyrinthe du Minotaure.

Comme si l’intime de la relation aux mythologies du monde antique, à la littérature, ne pouvait se révéler que par l’écriture de la main qui coupe, qui soude le fil de métal et qui ajuste et façonne une nouvelle ossature aux gestes du corps. Se montre, là, l’ordonnancement spatial d’un autre texte d’une autre narration au plus près de la tragédie.

Gérard Tiné. 2016

 

Exposition Odile Mir : « L’écriture de la main qui soude » du 25/01 au 31/03/2016