Patrick Bilheran
Exposition à la Galerie Studio Mirail du 14 septembre au 6 novembre 2015

Le temps de l’acquiescement.

Sur les grandes toiles blanches de Patrick Bilheran sont agglutinées quelques bribes de traces ou taches de couleur parfois à peine visibles que rien d’identifiable ne saurait combler sauf à fabriquer l’espace même de la peinture, sa visibilité… à peine.
Ce sont, là, des apparitions lacunaires comme à peine posées ou des paroles à peine prononcées ou juste le souffle d’une élocution troublée, en suspend, prête à être effacée et reprise dans sa correction. Le balbutiement d’un mot, d’une phrase qui serait à la recherche d’un sens dont la vérité ne peut être éludée alors que l’objet de sa connaissance lui est pour l’instant inconnu.
C’est une situation propre à Patrick Bilheran et à un certains nombres d’artistes contemporains qui veulent continuer la peinture : ne pas savoir ce qui va être peint de ce que l’on l’on sait et de ce que l’on voit mais devoir le trouver en le fabriquant et mettre en évidence le peint au regard de qui regarde. Et peut-être, en somme , une œuvre de peinture. Pour le peintre, il convient alors de préparer le terrain – toile, châssis, papier… carton – et d’installer l’outillage à plat, à même le sol, comme pour une opération chirurgicale – craie, crayon, couleur, feutre, stylo, stylet, pinceau, peigne, brosse… chiffon.
Ils sont là rangés et font signe d’un projet de fabrication à la main, qui sera montré tel un tableau mais dont les motifs ou les figures de compositions ne font l’objet d’aucun savoir préalable et ne sauraient donc être projetés. Aucun paysage, aucun fruit, aucun corps n’y sont mis en perspective et pour autant la peinture ne sera pas abstraite de sa capacité imageante.
L’objectif est autre, peindre ou plutôt arpenter le territoire de la peinture, repositionner sur la surface à peindre des lieux d’inscriptions y tracer les signes et poser les couleurs, fabriquer une carte qui reformulera la géographie d’un pays longtemps travaillé mais, voici quelques temps, délaissé, ruiné.
Les tracés du crayon, du pinceau, de la craie, du stylo, du chiffon… se disputent, sur la toile blanche, ce territoire de blancheur, dont l’innocence n’est qu’apparente et la séduction incertaine.
Patrick Bilheran adopte des comportements de ruse, de retardement qui préparent la foulée du terrain. Il installe des leurres dans l’attente d’une frôlement et peut-être d’une prise, il provoque le moment où la peinture pourrait se déclarer.
Dans le temps de l’affût, il y a comme une sorte de discrétion radicale dans la retenue, l’attente du tracé et l’offre du pigment, de même dans le choix et l’usage des outils. Dans le moment de la fabrication il y a comme la maladresse décalée d’un geste élaboré au sens où le peintre ne saurait plus, précisément, à quoi ou à qui s‘adresse cette monté de langage qui voudrait dire, formuler, écrire, dessiner, peindre et montrer la peinture des formes du monde.
Dans les œuvres récentes que Patrick Bilheran présente, s’ajuste, s’étoffe, s’ouvre lentement le sfumato d’une polychromie sourde tel un nuage d’ombre dans la couleur.
Le peintre se demande : à quel moment estime-t-on, décide-t-on qu’une peinture est terminée et un territoire pictural mis au jour ? Il ne saurait répondre mais il laisse monter, longuement, un acquiescement non parlé du regard. Mais est-ce si sûr ? Au terme de ce temps du regard donné au temps de l’acquiescement, le doute subsiste : peut-être jamais la peinture ne se finit. C’est pourquoi elle est toujours à recommencer.

Gérard Tiné, le 06/07/15

http://www.patrickbilheran.com/

Exposition Patrick Bilheran : « Le temps de l’acquiescement » du 14/09 au 6/11/2015