RENTRÉE LITTÉRAIRE 2020 – LES LIVRES QUI NOUS ONT SURPRIS (2)

Vos libraires vous parlent de la rentrée littéraire.

Les conseils de Camille.

LES DYNAMITEURS, le nouveau roman de Benjamin Whitmer, l’auteur du remarquable « Evasion ».

De quoi ça parle?
1895. Le vice règne en maître à Denver, minée par la pauvreté et la violence. Sam et Cora, deux jeunes orphelins, s'occupent d'une bande d'enfants abandonnés et défendent farouchement leur «foyer» - une usine désaffectée - face aux clochards des alentours.Lors de l'une de ces attaques, un colosse défiguré leur apporte une aide inespérée, au prix de graves blessures que Cora soigne de son mieux. Muet, l'homme-monstre ne communique que par des mots griffonnés sur un carnet. Sam, le seul qui sache lire, se rapproche de lui et se trouve ainsi embarqué dans le monde licencieux des bas-fonds. Expéditions punitives, lynchages et explosions précipitent l'adolescent dans l'univers honni des adultes, qui le fascine et le repousse à la fois. Au point de modifier sa nature profonde, et de l'éloigner insidieusement de Cora.

Avec Sam, un des orphelins protégés par le jeune Cora, plongez dans le vice du monde des « Crânes-de-Nœud »! Descente aux enfers dans le Denver crasseux du 19ème siècle.

Les Dynamiteurs est empli d’une tendresse inconditionnelle envers les laissés-pourcompte. Ce roman intense raconte la fin brutale de l’enfance dynamitée par la corruption du monde des adultes.

Ce qu’ici-bas nous sommes, de Jean-Marie Blas de Roblès, conseillé par Camille

De quoi ça parle?
Qui peut jurer de ne pas inventer, au moins en partie, ses souvenirs ? Certainement pas Augustin Harbour. Quarante ans plus tôt, errant dans le désert du sud libyen, il est tombé sur une mystérieuse oasis : Zindan. On y arrive de n'importe où, de n'importe quand, mais personne, ni aucun des autres voyageurs échoués là, ne sait comment en repartir. C'est que Hadj Hassan, Dieu lui-même, y vit, en compagnie de son envoûtante vestale, Maruschka Matlich. Réfugié dans une clinique de luxe, sur les rives du lac Calafquén au Chili, carnets de croquis et annotations à l'appui, Augustin dresse l'inventaire de cette extravagante épopée, des habitants et de leurs moeurs étranges - tabous alimentaires, pratiques sexuelles, objets sacrés et autres signes parleurs - qui prend vite des allures de fantasmagorie. Présent et imaginaire se mêlent, comme pour une dangereuse immersion au coeur des ténèbres. Délirante invention d'un esprit malade ou intuition géniale d'un entendement hors du commun, le récit prodigieux et débridé d'Augustin nous emmène aux confins inexplorés de la folie. On retrouve dans ce roman phénoménal toute la fantaisie, l'humour, la virtuosité et l'érudition de l'auteur de Là où les tigres sont chez eux. Et un fameux coup de crayon !

Un bien étrange journal de bord ethnologique… Mais surtout une compilation de souvenirs aussi détaillés que farfelus.

Un fantastique objet-livre truffé de notes et de dessins. Une lecture fort croustillante!

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Le conseil de Charlyne.

La Petite Dernière, de Fatima Daas, recommandé par Charlyne

Elle s’appelle Fatima. Elle est la petite dernière, fille non désirée, française d’origine algérienne, asthmatique, musulmane pratiquante, lesbienne. Elle se sent inadaptée, pécheresse, « à côté ».

Une autobiographie. Un roman. Une poésie. Un chant.

Un texte indéfinissable, à la fois doux et violent, livré par brides, par fragments.

L’autoportrait bouleversant, saisissant, d’une jeune femme qui se cherche et tente de concilier son amour de Dieu et des femmes.

De quoi ça parle?
Je m'appelle Fatima Daas. Je suis la mazoziya, la petite dernière.Celle à laquelle on ne s'est pas préparé. Je suis née par césarienne. Je suis française. Je suis d'origine algérienneMusulmane pratiquante. Clichoise qui passe plus de trois heures par jour dans les transports. Une touriste. Une banlieusarde qui observe les comportements parisiens. Je suis une menteuse, une pécheresse. Porteuse d'une maladie chronique. Asthmatique allergique. Adolescente, je suis une élève instable. Adulte, je suis hyper inadaptée. J'écris des histoires pour éviter de vivre la mienne. J'ai la sensation d'avoir une double vie. J'ai fait quatre ans de thérapie. C'est ma plus longue relation. Mon rapport à l'autre est inconstant. J'ai besoin de me contrôler. J'ai besoin de contrôler toutes mes émotions. J'ai besoin de contrôler l'autre. Je me crois polyamoureuse. L'amour, c'est tabou à la maison, les marques de tendresse et la sexualité aussi. Je n'aime pas les garçons mais j'aime leurs accessoires. À 25 ans, je rencontre Nina Gonzalez.

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Le conseil de Thibault.

Fille, Femme, Autre, de Bernardine Evaristo.

Fille, Femme, Autre, un roman-fusion époustouflant où, comme le soutien-gorge en son temps, la ponctuation a été allègrement jetée par la fenêtre. Une histoire polyphonique et entremêlée d’Amma, Yazz, Bummi, LaTisha et tant d’autres.

Une écriture frénétique pour un roman d’une grande élégance.

Chacune d’elles cherche un avenir, une maison, l’amour, une mère absente, un père perdu, une identité, un genre – il, elle, iel – une existence, et au passage, le bonheur. Toutes ont traversé l’espace et le temps – pour atterrir au cœur de l’Angleterre, carrefour historique des migrations et échouer aux confins éternellement figés des castes britanniques. Femmes invisibles dans la société anglaise, elles prennent corps et âmes sous la plume libre et libératrice d’une auteure, poète, dramaturge qui, avec ce nouveau roman, signe une oeuvre d’une grande vitalité.