Sylvère - Invitation

slide
slide
slide
slide
slide
slide
slide
slide
Prev
Next

La frugalité du geste.

Sylvère est la signature d’un artiste et sa création est un acte de fabrication qui sollicite paradoxalement l’opiniâtreté d’un geste artisan.
Son œuvre témoigne d’un travail où la main engage le corps et la pensée. Elle se place dans la lignée de la main soufflée sur la roche mais aussi de la main qui précipite le tracé du charbon contre le relief abrupt du rocher pour y faire surgir la silhouette du taureau, du bison, du cheval, du bouquetin…
L’action et la perception de ce qui fait œuvre picturale et graphique naissent de là et, pour Sylvère, de la même manière, elles se fondent sur la frugalité du geste confrontée à la matière des matériaux.
Nous pouvons dire de son œuvre et de sa posture qu’elles s’inscrivent dans la très longue histoire de l’art, du pariétal d’avant notre ère jusqu’au troisième millénaire de notre ère : continuer à fabriquer l’œuvre de peinture. C’est l’indice majestueux qu’il n’y a pas de progrès en art.

Une œuvre d’art peut-elle seulement se fabriquer ? Nombreuses ont été fabriquées alors même qu’elles n’étaient ni produites comme art ni l’homme perçu et pensé comme artiste. Cependant, le corps, la main, en transformant une part de la matière en matériau d’inscription et non pas d’expression, ouvrent la pensée à l’expérience d’une manœuvre de transfiguration.

Sylvère ne revient pas à l’ère d’avant la figure de l’artiste. Son point de départ est celui du technicien photograveur, son premier métier, dont l’excellence s’éprouve dans la maîtrise du geste artisan. De là, il s’évade et aborde au continent de l’art, à ce qu’il offre comme aventure pour l’homme dans la création : faire corps et faire sens au delà de l’accomplissement d’une technicité affectée à la réalisation d’une tache attendue.

Mais les attitudes de travail et de façonnage demeurent : action, fabrication, réflexion, jouissance s’enroulent dans un même mouvement à chaque étape du processus de la production de l’œuvre peinte, gravée, imprimée…
Les verbes d’actions que Sylvère convoque sont là pour en témoigner ; ils sont sa syntaxe et sa langue de création : frotter, marteler, estamper, écraser, gratter, piétiner, poncer… le papier ou le bois ou la toile qui ont en charge l’apparaître de la matière mise en œuvre.

Et l’œuvre se fabrique par l’incorporation façonnière des matières dans l’épaisseur du papier, du bois ou de la toile jusqu’à l’éblouissement de leurs seules apparitions riches en textures et motifs dépouillés de toute figuration : une pure abstraction construite de la vigilance d’un regard, d’un toucher mais aussi de la mesure et de la puissance des gestes attentifs au façonnage  de ce qui surgit d’inattendu, d’imprévu mais digne d’être reconnu et accueilli. Toute la mécanique du corps y est engagée et enflamme la sensibilité et l’intelligence du faire dans la création.

Il fabrique l’œuvre de sa peinture. Peindre c’est forcément apostropher le sens depuis une position d’ignorance où savoirs, expériences, connaissances, toujours précaires et inachevés, poussent l’intelligence depuis les replis de la sensibilité afin d’accomplir le comblement de notre place au monde.

Le travail de Sylvère écrase les enchaînements de ruptures chronologiques déclinées par le souci diachronique de l’histoire de l’art. Dans son travail de peinture, dans le moment de la fabrication, l’artiste est coprésent à la puissance synchronique de la durée qu’offre l’œuvre ouverte aux valeurs de tous les temps.

Gérard Tiné, le 13/03/2015